L’histoire du CCLJ commence avec un groupe de jeunes Juifs rescapés de la Shoah (résistants, enfants cachés, déportés, etc.) qui se réunissaient périodiquement à partir de 1958 au café « Laboureur », à Bruxelles, pour discuter et jouer au ping-pong. Cependant, en 1959, la Belgique connaît à nouveau une montée de l’antisémitisme. Dès lors, ce groupe décide de lutter contre ce phénomène en créant une association vers octobre-novembre de la même année qu’est le Cercle Culturel et Sportif Juif (CCSJ). Ainsi, dès 1960, les membres du CCSJ élisent leur premier comité de direction et installent ses locaux au Boulevard du Botanique 51 à Bruxelles. David Susskind (1925-2022), militant juif communiste qui s’était réfugié en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale est choisi comme président du CCSJ.
L’objectif de la création de ce cercle était de promouvoir un judaïsme laïc, c’est-à-dire, de transmettre la culture juive en dehors de toute structure religieuse. Ainsi, les fondateurs du CCLJ souhaitaient s’éloigner des prescriptions rabbiniques et des pratiques religieuses en général. C’est pourquoi, ils ont en place un programme de rites juifs laïcs, ce qui a permis à des Juifs non religieux de célébrer des fêtes juives qui faisaient partie intégrante des traditions et de la culture juive, et ce sans référence religieuse.
Une autre motivation du CCLJ était de lutter contre l’antisémitisme, étant donné que la majorité des créateurs de cette association avaient été victimes de la Shoah. Dès lors, un des combats menés fut d’entretenir la mémoire de cet événement tragique, mais aussi de sensibiliser le public à tous les autres génocides qui ont eu lieu au cours du XXème siècle (génocides des Tutsis au Rwanda et des Arméniens). En outre, ils ont étendu cet engagement par la suite à toutes les communautés opprimées telles que les Juifs d’URSS, les Bosniaques, les Vietnamiens etc. Par ailleurs, le CCLJ se montre aussi attentif au conflit israélo-palestinien en prônant la paix au Moyen-Orient. C’est pourquoi, le slogan d’Hillel l’ancien (« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? ») a été choisi pour son ouverture d’esprit envers tous.
Le CCLJ a développé différentes activités et événements au cours de son existence. Tout d’abord, dès sa création, il a accueilli un théâtre yiddish (Yikult) qui présentait annuellement des représentations en yiddish grâce à l’initiative de Bella Szafran (environ 1930 à 1995). En 1960, est créée la Colonie Amitié par Charles Knoblauch (1911-1996), ouvrier diamantaire puis dirigeant des Jeunesses communistes. La Colonie Amitié organisait des colonies de vacances d’hiver en Suisse et, à partir de 1967, des colonies d’été à Saint-Idesbald et en Israël. Ces colonies de vacances avaient pour but d’être des endroits de résilience et de transmission de la culture juive auprès des enfants après la Seconde Guerre mondiale. Toujours en suivant ses idéaux d’humanisme, le CCLJ participe, en 1961, à la campagne de soutien en faveur des victimes du tremblement de terre d’Agadir (Maroc). En février 1961, est lancée la première « Grande Nuit de Bruxelles » qui deviendra le bal annuel du CCLJ, réunissant de nombreux artistes belges et internationaux. Dès lors, le CCLJ connaît une grande popularité et est contraint de déménager à Rue Hôtel des Monnaies 52. En outre, vers 1963-1965, le mouvement de jeunesse du CCLJ est fondé sous le nom de Jeunesse Juive Laïque (JJL) qui organise des activités culturelles et sportives. En novembre 1965, Victor Cygelman, Albert Szyper, Jojo Lewkowicz et David Susskind établissent la propre revue du CCLJ qu’est “Regards - Cahiers du CCLJ” qui couvre l’actualité juive, belge, israélienne et internationale au travers d’analyses, d’études, de reportages, interviews, etc.
L’année 1967 est une année majeure, puisqu’en avril 1967, le Cercle Culturel et Sportif Juif (CCSJ) change de nom et devient le Centre Commentaire Laïc Juif (CCLJ) afin d’afficher plus fortement ses principes de laïcité, de transmission de la culture juive et d’ouverture. Cette année est aussi marquée par la Guerre des Six Jours (5-10 juin 1967), ce qui pousse le CCLJ à organiser et participer à des collections de dons de sang, de médicaments et de dons. Par ailleurs, en août 1968, la Colonie Amitié accueille 25 orphelins israéliens, dont les pères sont morts au combat. En outre, le CCLJ promeut la paix entre les peuples, ce qui pousse à créer le Comité Belge pour une paix négociée au Moyen-Orient en 1968. Cet élan de solidarité se poursuit également avec la campagne de sauvetage des Juifs d’Irak et de Syrie en 1969 ainsi que l’aide apportée aux Juifs d’URSS qui sont notamment interdits d’émigrer à l’étranger (en Israël, etc.) et victimes de discriminations en Union soviétique. C’est pourquoi, le CCLJ participe à la Première Conférence Mondiale des Communautés Juives en faveur des Juifs d’URSS du 23 au 25 février 1971 au Palais des Congrès de Bruxelles qui réunit plus de 900 délégués internationaux. Une seconde conférence aura lieu à Bruxelles du 17 au 19 février 1976 sous la présidence de l’ancienne première ministre israélienne, Gold Meir (1898-1978). De plus, suite à la guerre de Kippour (6-24 octobre 1973), le CCLJ lance une campagne de solidarité intitulée « Israël, je t’aime » où ils organisent notamment des échanges entre Israéliens et membres de l’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP). Par ailleurs, la lutte contre l’antisémitisme reste un combat majeur puisqu’en 1984, le CCLJ débute sa campagne contre le Carmel d’Auschwitz.
Le CCLJ continue à se développer les années suivantes notamment avec l’ouverture d’une crèche en 1985, nommée « Nitzanim – Rachel Kemp », par Cécile Mlynck qui accueille les enfants de 3 mois à 3 ans en les initiant au judaïsme. En 1986, le CCLJ organise la Première Conférence Européenne pour un judaïsme laïque et humaniste et dans ce cadre, élabore un « Programme de l’Année du Judaïsme » pour les Bnei-Mitsva. En mars 1988, est lancée l’initiative « Give Peace a Chance » qui consiste en des rencontres publiques entre Israéliens et Palestiniens afin de dialoguer ensemble pour trouver une solution de paix. Ce projet sera suivi l’année suivante avec « Give Peace a Chance, Women Speak Out » dédie cette fois-ci au dialogue entre des femmes. Ce dialogue est prolongé également en 1989 avec la création des « Amis Belges de Shalom Archav – La Paix Maintenant » qui s’inscrit dans la continuité du mouvement israélien « La Paix Maintenant » (en hébreu Shalom Akhshav) prônant la coexistence de « Deux peuples, deux États » pour mettre fin aux guerres entre Israël et la Palestine. En 1996, l’Espace Yitzhak Rabin est inaugurée au sein du CCLJ en hommage à Yitzhak Rabin (1922-1995), premier ministre israélien assassiné suite à ses discours en faveur des accords d’Oslo et d’une solution de paix entre Israël et la Palestine. En outre, en 2010, le CCLJ élabore le mouvement « J-Call » au Parlement européen, réseau associatif comportant des Juifs européens en faveur d’Israël qui appelle à un accord entre Israéliens et Palestiniens et qui souhaite faire alors pression sur le gouvernement israélien qu’il critique.
En 2002, le CCLJ est devenu une association constitutive du Centre d’Action Laïque (CAL) qui est une institution qui fédère la majorité des organisations laïque de Belgique francophone. Selon le CCLJ, ce rattachement permet de mieux revendiquer leurs préceptes que sont les valeurs humanistes (dialogue, tolérance, etc.) et la séparation de la région et de l’État tout en promouvant et diffusant la culture juive et l’histoire du peuple juif. Depuis 2003, le CCLJ est reconnu par la Communauté française de Belgique pour son travail en éducation permanente qu’elle délivre dans les écoles et dans le monde associatif dans le but de prôner l’ouverture d’esprit et la tolérance.
Le devoir mémoriel reste un principe fondateur du CCLJ, ce qui l’amène le 6 juin 2005 à être à l’initiative de la manifestation en faveur de l’extension de la loi de 1995 qui pénalise la négation de la Shoah aux génocides des Arméniens et des Tutsis. De surcroît, en 2009, le CCLJ est reconnu Centre de Ressources de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre du décret « mémoire » sur la transmission de la mémoire des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.
David Susskind décède le 25 novembre 2011, mais celui avait déjà confié les rênes de la présidence à d’autres comme Simone Weinberger-Susskind (1980-1996), Henri Gutman (2010-2017), etc. Le CCLJ restera fidèle aux valeurs d’humanisme et du libre-examen que prônait David Susskind puisqu’en 2015, le Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide qui regroupe les victimes des crimes de génocides et les descendants est fondé. De plus, il se mobilise en septembre 2015 en faveur de l’accueil des migrants et élabore des actions pour améliorer la situation de ceux-ci. Gutman maintiendra son poste de président jusqu’en 2017 où il démissionne. Cependant, les luttes menées par le CCLJ se poursuivent avec en 2018 le lancement d’une campagne contre les discours antisémites en Hongrie et en juin de la même année, l’organisation d’une rencontre avec les Commanders for Israel’s Security qui est mouvement qui regroupe 282 anciens généraux de l’Armée de défense d’Israël (Tsahal) se proclamant en faveur d’accords politiques amenant une paix avec les Palestiniens. Le 27 mars 2023, une conférence exceptionnelle ainsi qu’un rassemblement sont organisés au Parlement par le CCLJ et « J Call » qu’est « Sauver la démocratie israélienne » dans le cadre de la montée des tensions au Moyen-Orient, en particulier entre Israël et la Palestine qui débouche le 7 octobre 2023 sur un conflit armé. Dès lors, le CCLJ lancera de nombreuses initiatives à nouveau en faveur d’une paix, mais aussi pour libérer les otages israéliens détenus par le Hamas. Enfin, le 8 décembre 2024, le 1er Salon du Livre est lancé par le CCLJ comportant des rencontres avec les auteurs, des conférences ainsi que des stands de ventes de livres.